Après avoir fait parler Nikita Bellucci, Lexie Candy et Jessie Volt, j’ai voulu papoter avec le maître du porno français. Il est selon moi le meilleur réalisateur de son temps, amoureux des femmes et des scénarios, j’ai pu discuter avec John B. Root en live de son métier, de sa passion. Je vous laisse donc découvrir la richesse de notre échange téléphonique.

Interview de John B. Root : Réalisateur de films X

Lilou

Lilou : On va tout de suite commencer par les sujets qui fâchent… Que penses-tu des plateformes gratuites où se mêlent et s’entremêlent extrait de films et vidéos amateurs ?

John B. Root : Ça nous tue. Ça nous tue, nous les producteurs, parce que nous, on paie les actrices, les acteurs, les maquilleurs et les décors. On travaille pour faire des belles scènes et puis, le lendemain, on les voit volées, mises en ligne gratuitement… Quand je sors un film pour Canal + qui demande 4 mois de boulot, le lendemain de sa diffusion, le film a été vu plus de 200 000 fois sur internet en copie pirate. Donc, le tube et les pirates nous tuent, ils font du mal à la musique, ils font du mal au cinéma. Dans le porno, on est plus fragile, on n’a pas de subventions, on n’a pas les mêmes marchés donc le porno a vraiment été mis à bas par des gangsters.

Sur ces sites, il y a tout et n’importe quoi, il n’y a pas de tri. C’est une vaste poubelle dans laquelle tu peux trouver des merveilles, mais le tout ressemble à une poubelle. C’est du vrac, c’est du n’importe quoi et ils font un tort considérable au milieu, ils ont tué les studios, ils ont tué les créateurs, et ils ont dû racheter les studios pour éviter qu’ils ferment… Le voleur à racheter le magasin, la boucle est bouclée.

John B.Root
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Lilou: En parlant de ça, je viens de lire un article sur J&M ou M explique que les scénarios ne servent à rien, « Un film scénarisé, je ne peux pas le regarder, je trouve ça trop con, ça n’a aucun intérêt. » les scénarios sont un peu ta marque de fabrique, pourquoi y accorder autant d’importances ?

John B. Root: D’abord J&M ne sont pas des pirates, c’est des gens qui paient des gars pour tourner des vidéos pour leur site, ce ne sont pas des pirates, ils ne volent pas les vidéos qu’ils montrent. Après, la différence entre les films scénarisés et sans scénario, c’est un vieux débat qui a commencé dans les années 80, c’est l’amateur, le gonzo contre les films scénarisés. Entre les années 76 et 80, le porno, c’était majoritairement des films avec une histoire, le porno imitait le cinéma plus ou moins bien. Petit à petit, il s’est détourné de cette voie pour présenter ce que l’on appelle aujourd’hui du Gonzo, c’est-à-dire des vidéos de sexe non scénarisées ou improvisées, tournées avec une caméra à la main. Donc, c’est Gonzo ou film scénarisés, moi, je n’interviens pas dans ce débat-là parce qu’il y a des mauvais films scénarisés et de très bonnes scènes de gonzo. C’est vraiment deux genres différents, je regrette seulement qu’on fasse moins de films scénarisés parce que c’est plus intéressant mais, je n’ai rien contre le gonzo, j’en fais moi-même beaucoup.

John B.Root
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Lilou: Tu fais beaucoup de Gonzo, pourquoi ?

John B. Root : C’est pour les films que je suis venu dans le métier, car j’adore raconter des histoires. Aujourd’hui, je fais péniblement un film par an de 90 minutes pour Canal +, sur lequel je ne gagne pas un sous parce que les tarifs pour un porno à la TV sont très bas, c’est frustrant… J’ai commencé ce métier pour raconter des histoires et on ne m’en donne pas assez l’occasion. Aujourd’hui, 95% de mon activité passe par mon site internet qui heureusement à encore quelques membres fidèles qui prennent et gardent leur abonnement. Pour te donner une idée, je fais 90% de gonzo, je fais un film scénarisé en octobre pour Canal +, mais c’est qu’une fois par an.

John B.Root
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Lilou: Est-ce que tu es un amoureux des femmes au sens large ?

John B. Root: Ben oui, sinon je n’aurai jamais fait ce métier… Pour moi, c’est filmer des femmes, tu vois les hommes, je m’en fous un peu. Filmer les femmes, l’intimité des femmes et le plaisir des femmes, c’est ma fascination, une espèce de démystification des gonzesses.

John B.Root
Interview de John B. Root
Interview de John B. Root
Lilou

Lilou: J’ai l’impression que tu tournes toujours avec les mêmes…

John B. Root: Non, c’est souvent les mêmes acteurs, car je prends des pros avec qui je m’entends bien. Et avec qui j’ai l’habitude de bosser, ils savent ce que j’attends d’eux et vice-versa. Mais pour les filles, le casting change souvent. Par contre, quand j’ai une actrice fétiche avec qui j’aime travailler, j’essaie de la reprendre comme par exemple Angell Summers, Nikita Bellucci… Mais globalement, le casting des filles change pas mal. Il faut savoir que les filles ne restent pas en activité très longtemps, aujourd’hui, c’est fini l’époque de la starification avec une carrière de 10 ans dans le métier. Aujourd’hui, une carrière d’actrice ça dure 2, 3, 4 ans au maximum, c’est comme des kleenex… Maintenant, une des plus grandes carrières en France, c’est Nikita Bellucci ou Jessie Volt parce qu’elles partent bosser à l’étranger : Budapest, Prague ou encore Los-Angeles. Il n’y a plus de marchés en France, c’est trop déprimé pour porter une vraie carrière.

John B.Root
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Lilou: J’ai eu Angell au téléphone qui m’a fait de beaux compliments sur toi, elle m’a dit « je voulais bien clôturer, je voulais B.Root. »

John B. Root: Sa dernière participation, c’était chez moi et on la voit pleurer à la fin dans les bras de Nikita, car c’était sa fin dans le porno. Elle voulait péter un câble pour le dernier film, elle s’est fait pisser dessus, fister, elle voulait un feu d’artifice pour son départ. Dans « Des filles libres », c’est gros pétage de câbles de toutes les nanas, on à mis trois heures à récupérer la cuisine, entre les légumes, la chantilly et le reste…

John B.Root
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Lilou: Quelle est la place des acteurs masculins dans ton porno ?

John B. Root: Pour moi, mes acteurs sont mes danseurs. Je travaille beaucoup avec des débutantes, il faut qu’elles soient mises en confiance, guidées. Elles ne savent pas top danser et doivent être accompagnées d’un très bon danseur, d’un pro Il faut que le mec soit très à l’aise avec sa bite, il faut qu’il soit très à l’aise techniquement avec les positions, de façon à ce que la fille soit parfaitement en confiance et puisse se laisser aller et prendre du plaisir. Si tu travailles avec un débutant, il n’y a pas la même sécurité, il va demander à la fille de le sucer pour avoir une belle érection, ça va monter et ça va descendre, il ne sera pas forcément à l’aise sur les positions, et on aurait une moins bonne scène parce que la fille ne va pas se laisser aller à fond. Alors que si la nana sent que le réal, le cameraman (moi) et l’acteur sont super à l’aise, elle se dit « Putain, c’est bon, ils gèrent, je peux me lâcher ». Par contre, quand je bosse avec des pros comme Nikita ou Lexie Candy, je leur demande d’être des animaux de cirque, c’est-à-dire d’avoir une énergie considérable et de savoir garder une bite dure pendant 3 h. Dans les deux cas, j’ai besoin de pro, d’animaux de cirque.

John B.Root
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Lilou: Ça à l’air un peu compliqué comme métier quand même…

John B. Root: Ce qui se passe, c’est qu’on tourne la scène, puis on prend les photos ensuite, c’est long… C’est un vrai métier… C‘est du collectif et le bonheur est de bosser ensemble. Mais très franchement, les gens qui assistent à des tournages sont souvent déçus. Ils s’attendent à une ambiance très sexy et ce n’est pas vraiment le cas, c’est du boulot. Le film aura une ambiance très sexuelle mais le tournage c’est le job, il arrive qu’un mec fasse sa scène et aille se branler dans un coin en attendant la prochaine. On est loin de l’ambiance torride qu’on voit derrière son écran ! Sur le tournage, c’est avant tout des gens qui bossent. Les journées de boulot sont épuisantes, et pour tout le monde, acteurs, cameraman, photographe…Le soir, tout le monde dort très bien (rires).

John B.Root
Interview de John B. Root
Interview de John B. Root
Lilou

Lilou: En général, pourquoi une nana veut se lancer dans le porno ?

John B. Root: J’ai vu toutes les motivations possibles, il n’y a pas deux filles qui viennent pour les mêmes raisons. J’ai eu des étudiantes qui venaient par provocation pour essayer parce qu’elles étaient de vraies aventurières, et ça devient un job étudiant plutôt sympa ! J’ai eu des filles qui étaient là pour faire carrière, elles sont souvent très déçues, car il n’y a pas trop de possibilités pour faire carrière aujourd’hui. J’ai eu des nanas qui venaient, car c’était plus facile d’écarter les cuisses que de bosser aux PTT… Tu as vraiment de tout, il n’y a pas de profil type… Il y a des nanas qui n’ont pas fait d’études et à côté de ça des bac+7, des bourgeoises, des filles de prolo…De tout. La sexualité concerne tout le monde.

John B.Root
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Lilou: J’adore le pegging et le porno gay mais je vois plus des scènes avec des filles qui aiment les filles sur ton site, c’est un choix ?

John B. Root: J’ai fait pas mal de porno gay, dans mon premier film, en 95, il y avait des gays. L’homosexualité de ne me dérange absolument pas, j’ai fait deux films avec Titof mais c’est vrai que je n’en fais pas beaucoup. En fait, mon site est regardé par les hétéros, je ne veux donc pas les heurter, je préfère des scènes hétéros et lesbiennes pour ce support. D’ailleurs, dans mon prochain film, il y aura des scènes gays et bi, d’ailleurs, Nikita Bellucci va enculer un mec…

D’ailleurs, Nikita est assez épuisante en tournage… Il ne faut surtout pas qu’elle s’emmerde. Elle a besoin de scènes fortes sexuellement, il faut éviter de lui filer trop de comédie, par contre elle s’éclate avec des DP ou des trucs très chauds !

John B.Root
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Lilou: D’ailleurs comment fais tu pour trouver des acteurs qui jouent bien les comédies ?

John B. Root: En fait, j’écris mes scènes en fonction de mon casting et pas l’inverse. Je fais du sur-mesure pour mes actrices et mes acteurs, j’essaie de leur donner des comédies et rôles qui leur ressemblent, c’est plus simple pour eux. Par exemple, je ne vais pas filer à Niki le rôle d’une bourgeoise à Porto, ça va l’emmerder !!! A force de connaitre mes acteurs, je sais ce qui leur convient.

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Lilou : Qu’est-ce qui est le plus dur dans le porno ?

John B. Root: Se renouveler.

John B.Root
Interview de John B. Root
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Lilou

Lilou: Et physiquement?

John B. Root: Ah techniquement ? Les DP, c’est très chiant à tourner, car c’est très technique, il y a peu de place pour la caméra et les acteurs sont souvent coincés dans des positions très rigides. Ce n’est pas là où on s’amuse le plus, car c’est une gymnastique assez complexe. Autant il y a beaucoup d’intensité à l’écran, mais pour nous il y a peu de plaisir, on est coincé dans des positions acrobatiques avec des douleurs aux jambes, dans les dos… Pour les partouzes, ça s’organise, c’est un ballet que je découpe en scène avec le « moment 1 », « moment 2 », « moment 3 » et parfois « moment 4 ». Chacun sait ce qu’il a à faire, je ne veux surtout pas me retrouver avec une nana qui gueule pendant que ça tourne « Pffff et qu’est-ce que je fais moi » ou un mec qui se branle comme un con dans son coin. Généralement, on fait une pause entre chaque « moment » et au montage, je me retrouve avec une énorme richesse pour monter ma partouze. Le tout est de s’organiser !!

John B.Root
Lilou

Lilou: Tu emplois souvent le terme de « cirque », c’est péjoratif genre « bête de foire » ?

John B. Root: Quand je dis « cirque », je parle surtout de la famille du cirque, on vit, on travaille ensemble, on partage des secrets intimes, je parle de la famille du cirque au sens noble du terme. Par exemple, le mec qui se tire sur la nouille pendant une heure parce qu’il n’arrive pas à éjaculer où encore celui qui crache dans la capote, on ne le dit pas à l’extérieur. On partage ensemble ce qu’il y a de plus intime, le sexe, les traces de merde dans les draps, les odeurs corporelles… Cela crée une intimité, ce sont des secrets de fabrication qui restent des codes entre nous et qu’on ne partage pas à l’extérieur.

John B.Root
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Lilou: Tu as eu le plaisir d’avoir Eve de Candaulie chez toi et comme souvent elle a terminé cul nu… Elle trouve qu’elle a un gros popotin, tu penses quoi toi, de son popotin ?

John B. Root: Oui, elle a un gros popotin, j’y aurais bien mis un coup… Je m’en fous de la forme physique d’une femme, sur mon site, je suis obligé de montrer des femmes qui répondent à la norme physique érotique. Je ne montre pas de femme trop grosse ni trop maigre, j’essaie de faire plaisir à mes abonnés et de faire du buzz avec mes photos. Mais dans la vie privée, je m’en tape, c’est le plaisir que je partage qui compte, l’attirance ne dépend pas du corps.

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Lilou: Ton combat, c’est un peu celui du SIDA, tu prônes la protection au point de ne jamais tourner de scènes sans préservatifs, tu nous en parles ?

John B. Root: J’ai perdu pas mal de gros marchés avec les Américains car, dès mon premier film, j’ai voulu que tout le monde soit protégé et en 95 ce n’était pas vraiment la norme. Maintenant, ça a un peu évolué et ça devient la norme pour certains, aujourd’hui, Canal + n’achète plus une seule production X sans capotes. C’est vrai que je suis un de ceux qui a montré l’exemple dès le début, et ce n’est pas pour protéger les acteurs qui sont des grands et qui savent ce qu’ils font, mais plus dans un souci pédagogique. On sait tous qu’il y a plein de gamins qui regardent du porno, à l’école, on fait de la prévention sur les MST et quand ils allument leur PC, ils voient des pros qui baisent, des pros sans protections, et là ils se disent « ben on m’a raconté des conneries ! »Si le X a une seule responsabilité, c’est bien celle-là.

Je fais toujours attention à cette « pédagogie »; je ne montre jamais des actes que des gamins de 14 ans ne pourraient pas comprendre. C’est pour cette raison que je ne me suis jamais engagé dans le BDSM et je fais hyper gaffe aux claques dans la gueule et les crachats dans la bouche. J’essaie toujours de montrer une sexualité complice et rassurante. Il y a des sexualités déviantes très bien vécues par ceux qui jouent avec, mais je ne me sens pas l’envie de le montrer, car ça peut-être mal compris. Tu vois, par exemple, cette scène où Rocco baise une nana et lui fout la tête dans les chiottes, des gosses ont reproduit ça en pensant que c’était une preuve de virilité… Chez moi, la femme domine et mène la danse. Je ne peux pas supporter l’idée d’être considéré comme un macho et un misogyne. Chez moi, l’homme est au service de la femme, quand il y a un acte sexuel dans mes scènes, c’est la fille qui l’a demandé. Les « Tu la sens ma grosse bite, salope, t’es une chiennasse mets toi à genoux » ce n’est pas pour moi, ce n’est pas cette sexualité que je veux montrer même si je sais que certain aiment ça. Tu sais, le porno est vu par des gosses qui apprennent le cul et des mecs assez fragiles dans leur sexualité, qui ne sont pas à l’aise, que ce soit les uns ou les autres, ils ont besoin d’être rassurés, j’essaie de faire du porno gentil.

John B.Root
Lilou

Lilou: Ça te gave qu’on te compare à Valentin, le personnage principal de ton livre ?

John B. Root: Pas du tout, Valentin, c’est 50% moi, c’est moi en pire, c’est moi tourné dans les extrêmes, plus naïf, plus traumatisé, plus mystique. Ce n’est pas un bouquin pour se branler, ce n’est pas un roman érotique, j’ai fait 1500 vidéos, 150 000 photos, 24 films pour Canal +, je ne vais pas en plus faire des romans érotiques !! J’avais envie de poser les questions du pourquoi, pourquoi, on devient pornographe.

John B.Root

Encore merci à John B. Root et du temps qu’il m’a consacré, j’ai adoré le découvrir de cette façon. Vous pouvez le retrouver sur son blog ou encore sur Explicite-Art ! Et pour ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur Valentin, n’hésitez pas à lire notre avis sur le Pornographe et le gourou.

Interview de John B. Root : Réalisateur de films X
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