Il y a quelque temps, j’ai eu l’occasion de découvrir l’ouvrage « Le Sexe Bizarre » d’Agnès Giard par l’intermédiaire des éditions TABOU. C’était tellement intéressant que j’ai souhaité en savoir plus sur l’origine de cette maison d’édition ainsi que la démarche de cette dernière.

C’est donc à travers une interview écrite du fondateur des éditions TABOU que j’ai obtenu réponse à certaines de mes interrogations. Si vous ne connaissez pas encore les éditons TABOU, c’est le moment d’en apprendre un peu plus à leur sujet.

Interview de Thierry Play, fondateur des Editions Tabou

Quelle est l’origine du nom des Éditions TABOU ?

En 2002, je suis allé à San Francisco et j’y ai découvert des livres « techniques » de sexualité. Ces ouvrages pratiques proposaient d’améliorer ses connaissances dans le domaine. Il n’y avait vraiment pas grand-chose de disponible en France dans ce créneau : juste les « 100 trucs pour faire jouir Madame » ou les études en sexologie indigestes au commun des mortels. Nous avons donc créé en 2004, Tabou, « l’éditeur sans interdit » pour proposer des livres plus osés, comme par exemple sur le plaisir anal pour lui comme pour elle, ou l’éjaculation féminine.

Nous avons donc commencé notre production par ce que l’on appelle dans la profession des « guides pratiques » puis, très rapidement, on nous a sollicités pour de la bande dessinée ou de la littérature.

Comment se sont passés les débuts des Éditions TABOU ?

Nous avons eu beaucoup de chance car alors que pendant la phase d’étude de marché nous rencontrions des difficultés pour commercialiser les livres (« Mais comment voulez-vous que je visite un libraire d’Auvergne en lui proposant un livre sur le plaisir anal de monsieur ?!« ), en 2004, il y eut un mouvement général de la presse dans le sens de l’ouverture vers la différence. Un certain public était prêt à s’intéresser à l’éjaculation féminine. Notre premier livre « Le guide Tabou du point G et de l’éjaculation féminine » a donc été immédiatement un succès. C’est aujourd’hui encore notre best-seller.

Quels sont les ouvrages présents aux Éditions TABOU qui ont le plus de succès ? Ceux qui en ont le moins ?

Les guides pratiques ont le plus de succès. Hormis celui dont j’ai déjà parlé, « Le guide Tabou du plaisir Anal (pour lui) » est l’autre best-seller de nos éditions. La littérature, comme pour tous les éditeurs, est le secteur le plus « surprenant » : on peut distribuer plusieurs milliers d’exemplaires ou quelques centaines. C’est difficilement contrôlable. C’est un marché rapide qui subit beaucoup l’actualité, la compétition.

Notre autre grand succès est la bande dessinée. Au point où aujourd’hui Tabou et Tabou-BD sont deux marques d’édition distinctes. Nous sommes l’éditeur ayant le plus de titres bédé au catalogue. Nous produisons une dizaine de nouveautés à l’année dont une majorité d’inédits. C’est cette production de « nouveaux auteurs » qui fait notre spécificité.

Est-il difficile de faire vivre une boutique pour les Éditions TABOU par rapport à la concurrence ?

Nous sommes très peu de spécialistes. En fin de compte, aujourd’hui, il n’existe vraiment que Tabou et La Musardine comme éditeurs spécialisés. Les autres éditeurs produisant assez peu ou n’étant que des branches plus ou moins actives, selon l’opportunité, de groupes plus importants. Du coup, nous occupons bien notre niche car en plus, on s’entend bien avec La Musardine qui distribue aussi nos livres.

Les difficultés viennent plutôt du marché grand public qui regarde toujours d’un œil suspicieux ces « pornographes » d’éditeurs. Du coup, on se trouve dans des situations délirantes dans lesquelles des libraires font des murs de « 50 nuances de Grey » mais rechignent à présenter de la littérature Tabou. Mais les choses changent petit à petit car d’une part, le lectorat des 50 nuances cherche assez rapidement des ouvrages plus « engagés » et les libraires s’ouvrent à la pornographie, rebaptisée « érotisme » pour faire mieux.

Sur quels critères est basée la mise à disposition des ouvrages ? S’agit-il d’un collectif ?

Dans le cadre d’un collectif de sélection, en tant que créateur de Tabou, mon opinion est bien entendu prépondérante néanmoins, nous aimons « écouter » les avis et développer la diversité. De ce fait, notre choix se fait régulièrement sous forme collective. Particulièrement pour la littérature.

Dans le cadre d’un collectif de diffusion, Tabou suit les normes de la profession : nous choisissons les ouvrages qui correspondent à notre ligne éditoriale, nous les confions à un diffuseur qui commercialise le livre chez les libraires, nous redistribuons les parts de la recette aux différents intervenants (auteur, diffuseur, libraire…).

Quel ouvrage édité aux Éditions TABOU vous paraît le plus intéressant à lire et pourquoi ?

Ça dépend ce que l’on cherche : pour la grande majorité des hommes, « Le guide Tabou du point P et du plaisir prostatique » est révolutionnaire. Ce livre peut ouvrir la sexualité des hommes généralement très « externe » vers quelque chose de plus réceptif. Idem pour les dames qui peuvent vivre l’échange sexuel de manière plus extérieure. « Le guide Tabou du point G et de l’éjaculation féminine » est le pendant pour madame.

Notre littérature est très polyforme. Il est rare de n’avoir dans un roman Tabou que de l’érotisme. En général, cet érotisme se situe dans un environnement plus vaste. Ainsi, notre érotisme est teinté de thriller, de policier, de fantastique voire d’anthropologie ou de psychanalyse. On touche à tous les tabous. Notre littérature doit répondre à 3 critères : une qualité d’écriture (ce qui ne signifie pas une écriture compliquée), un érotisme fort (ce qui ne signifie pas une omniprésence du sexe), et enfin, le livre doit apporter « quelque chose », une forme de nouveau regard. À partir de là, tous ceux qui se retrouvent dans ces critères peuvent trouver un livre qui les enthousiasmera.

Notre collection bande dessinée, bouscule un peu. On peut y trouver des bédés très engagées (BDSM, transgenre…), ou très porno/gonzo mais aussi des bédés très grand public dans lesquels la sexualité est très diffuse ou un érotisme élégant. Il y en a pour tous les goûts.

Avez-vous, une remarque ou quelque chose que vous souhaiteriez dire au sujet des Éditions TABOU ?

Il faut oser Tabou. Oser se confronter à la différence et trouver sa norme. En ce sens Tabou est vraiment dans l’esprit de l’underground face à la normalisation de la pensée actuelle.

Interview du fondateur des éditions tabou

Je remercie grandement Thierry Play, d’avoir pris le temps de nous répondre. Nous vous invitons à jeter un œil au nouveau site web de ces éditions afin d’avoir un aperçu des différents ouvrages proposés.

Interview du fondateur des éditions TABOU
  • La note des lecteurs

  • Noté 5 stars
    5 / 5 (1 )
  • Votre note